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Bon. Je sais, je m'attaque à un sujet complexe. Qui me dépasse et nous dépasse tous un peu je pense. J'ai envie d'en parler parce que personne n'en parle. On se cache, on a honte, on n'assume pas. 

Je préfère tout de suite préciser mon sujet : les fausse couches précoces. J'exclus donc les fausses couches qui interviennent après le 1er trimestre et celles à répétition. Je parle de ce risque des "3 premiers mois". 

Quand on tombe enceinte, on le SAIT qu'il faut chuchoter, se réjouir à voix basse en attendant que le temps passe. On crie de joie à deux, la tête sous les coussins pour pas faire de bruit (non c'est pas une image sexuelle).

Et on se demande mécaniquement quelles sont les chances pour que cette grossesse arrive au terme ? Ou plutôt : quels sont les risques de faire une fausse-couche ? J'ai cherché rapidement. On trouve un peu toutes les réponses, mais dans tous les cas, je les trouve surprenantes.

Une "chance" sur 10 de faire une fausse-couche. Ah non, 15%. Le chiffre atteint parfois 1 grossesse sur 3 qui se termine par une fausse-couche. Soit. Quel que soit le bon chiffre : je trouve ce chiffre énorme. MAIS POURQUOI PERSONNE N'EN PARLE ? 

Une nana sur 3 ? c'est-à dire qu'entre moi et mes 2 meilleures amies, l'une de nous a de bonnes chances d'"en être" à un moment donné dans notre vie de femme. Parmi ma "marguerite" d'open space au boulot faite de 3 femmes, l'une de nous vivra cet épisode une fois dans sa vie. Parmi les 3 enfants que je voudrais faire, il est plus que probable que ce soit mon tour à un moment donné. Entre moi, la caissière et la boulangère, bon vous avez compris je crois.

MAIS POURQUOI PERSONNE N'EN PARLE ?

On sait parler de deuils. On parle de maladie. On parle de crises conjugales. De problèmes sexuels même. Que de sujets douloureux et délicats, mais sujets sur lesquels tant bien que mal, on arrive à échanger, tôt ou tard. Mais des fausses-couches : rien. Les femmes n'en parlent pas. Et même pas entre elles. Pourquoi un tel tabou ?

Pourquoi j'en parle ?

Parce que je suis enceinte pour la 2nde fois (la 1ère fois étant de mon Poulet pour ceux qui suivent). Enceinte de 4 semaines. Un mois. Loin de la fin de la période fatidique risquée. Je suis ravie, et j'ai peur, évidemment. Je n'en ai jamais vécue, des fausses-couches. Pour moi, cette période de début ne peut pas correspondre qu'à une période de célébration mais un réjouissement assorti de crainte (donc je n'attends pas que vous me sortiez les serpentins et qu'on danse la macarena tout de suite). Je vis la chose avec des pincettes, sur la pointe des pieds, les doigts croisés et les fesses serrées... et j'attends. Je suis ravie, mais je dois attendre avant de VRAIMENT sauter de joie et faire péter le champ'.

Et pendant que je vis ça, je veux que mon entourage m'accompagne, comme il m'accompagne sur les 1 000 autres sujets de ma vie. Pourquoi pas celui-ci ? J'ai envie de leur faire confiance en me disant que s'il m'arrive le pire, ils sauront adopter un comportement délicat et non-intrusif. Qu'ils me laisseront en parler ou non, tout de suite ou non. Ou jamais. Sans me coller le regard de cocker endeuillé qui dégouline de pitié. Peut-être que ça déliera les langues aussi, tiens, croyons au Père Nöel. Je les sais bienveillants, alors je voudrais leur dire pour qu'ils attendent avec moi le bon moment pour se projeter pour de bon.

Je me tiens aussi ce raisonnement : si je fais une fausse-couche, j'en parlerai. C'est sûr. Tôt ou tard, je ne sais pas quand. Pour exorciser, pour comprendre, pour évacuer la douleur. Bon sang que c'est bon de parler ! Ne pas cacher sa douleur, l'avouer c'est un premier pas vers la cicatrisation, non ?

Serrons-nous les coudes ! Cette période n'est pas facile. On craint pour notre petite graine de couscous à chaque instant, et on guette le saignement anormal (oh, j'ai des pertes dans ma culotte / c'est mort c'est sûr je fais une hémorragie) et partout (je fais pipi / je guette le sang), que parfois c'en est n'importe quoi (si j'éternue trop il va sortir). Que celle qui n'a pas fait ça me jette la première pierre (ou des confettis, ça fait moins mal). 

Mais voilà : ça ne se fait pas de parler grossesse avant le 1er trimestre échu. 

 

Je ne me bats pas contre les arguments : "je ne le dis pas à mon boss" non en effet, les saignements dans ta culotte ne le regardent pas. "On mijote notre secret en couple" : oui, mûrir le début de grossesse en vase clos peut être nécessaire, pas de soucis. 

On se rappelle POURQUOI nous faisons des fausses-couches ? Parce que c'est la Nature, et que notre corps expulse un embryon chromosomiquement malformé. Je n'en sais pas plus : j'ai une formation en finance d'entreprise. Mais je suis contente que mon corps me dise qu'il y a un problème, s'il y en a un. Attention : je ne dis pas que je serais contente de faire une fausse-couche, loin de là. Je suis convaincue que nous les nanas,  remettons tout en question, et vivons cela comme un échec (mon corps n'est pas un bon "four", je ne pourrai plus jamais en faire etc.). J'en serais,  de ces nanas, je suis convaincue.

Un dernier mot avant d'aller me coucher (il est 20h50, déconne pas) : je dis "nous les filles" parce que c'est notre corps qui est concerné. Notre sang qui coule, notre utérus. Les Messieurs ont évidemment toute leur place dans cette réflexion, mais vivent différemment ces épisodes malheureux je pense, et ont une approche différente de la question "on en parle ou pas de la peur de la fausse-couche" ? (dites-nous !).

Bon, tout ça pour dire : parlons-en !!! Nous sommes toutes logées à la mêmes enseigne, alors nous avons tous à gagner à en PARLER de cette peur, et des débuts de grossesse en général, vomito compris. 

Voilà voilà, comme on dit. Mon discours n'a peut-être ni queue ni tête, sorti un peu de nulle part, mais il fallait que ça sorte ! Stop les tabous, on en viendra tous à bout (ouh j'ai bouffé du clown en plus des 5 fruits et légumes - mais bien lavés, hein, rapport à la toxo...).

C'était ma contribution au #Etre Mère de Babidji

La photo du jour : rien à voir avec la choucroute, en parlant de choucroute : c'est la carte de la Brasserie Bouillon Chartier à Paris, mioum allez-y.

 

Cynthia