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Etre la Maman d'un prématuré c'est...

 

c'est rester seule en salle de réveil. Sans bébé, sans Chéri, le ventre vide découpé puis recousu. 

c'est voir la couveuse partir, car il va bien "mais il pourraît aller mieux". Merci d'avoir mis les formes. 

c'est rester à deux, pendant 1h30, le temps de le "brancher". Des fils. Au pied, de partout. Masque, sondes, électrodes. Des bips. Du rythme. La peur. 

c'est être projeté dans un monde nouveau : la néonatologie. On apprend du vocabulaire, des noms de machines, de tuyaux, de niveau de maladie, des noms de médicaments. 

c'est ne plus voir son visage.

c'est être bloquée au lit, sondée, perfusée, droguée, sans pouvoir bouger. 

c'est rester seule sans voir son bébé pendant près de 24 heures. 

c'est commencer à tirer son lait, en regardant des photos que quelqu'un d'autre a pris, pour que ça aide un peu à l'amorçage.

c'est s'habiller en blouse et se désinfecter pour pénétrer un monde stérile à chaque fois qu'on monte le voir

c'est finir par tomber amoureux de l'odeur de ce service, mélange de solution hydroalcoolique et de bébé, et finir par aimer entrer dans cet espace où la vie ne tient pourtant à rien.

c'est le laisser seul des heures durant, sans nous, avec ces bruits. 

c'est s'en vouloir d'offrir ce début de vie si difficile à son enfant.

c'est le confier à des inconnus.

c'est se remettre à l'avis d'inconnus, boire leurs paroles et espérer les mots rassurants mais qui n'arrivent pas forcément.

c'est pouvoir le toucher du bout du doigt, tellement il est petit et couvert de fils.

c'est mettre 2 jours à l'avoir dans les bras Juste quelques minutes, et changer sa couche. 

c'est mettre 3 jours à l'avoir en peau à peau, et lui faire un bisou du bout des lèvres.

c'est être réveillée la nuit par les cris des autres bébés, ceux des voisines.

c'est admirer le personnel qui nous accompagne. Adorable. 

c'est croiser les fantômes de parents comme nous. Certains sont là depuis des semaines, des mois. Cela se voit. Leur douleur se voit. Le douleur rend silencieux.

c'est voir des bébés mourir et ressuciter à 2 mètres de nous. Ils partent et reviennent. 

c'est parler seul, à côté du berceau, chanter, raconter, regarder dans le vide. Attendre.

c'est se casser la gueule et se relever. Pour Lui, pour l'Autre, pour Nous. 

c'est faire une descente d'hormones seule dans sa chambre, avant de rentrer, demain, seule à la maison.

 

La nature n'aura pas voulu plus attendre. Notre Puceron est arrivé dimanche dernier, en avance, mais surtout avec des complications médicales. 

Il se bat car c'est le plus fort (oui, c'est un Bébé Poulet à nouveau !). Je ne reviendrai peut-être pas tout de suite car les jours et les semaines à venir seront certainement chargés. 

 

des B.