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Je ne suis pas une "donneuse". Je ne donne pas mon sang alors que cela fait des années que je me promets de le faire, je ne donne pas au téléthon, au sidaction. Je donnerai mes organes à ma mort - mais ça ne compte pas, on n'y est pas encore. 

Lors de ma première grossesse, j'ai allaité mon bébé. Ma montée de lait a été fulgurante, mon bébé était nourri à sa faim. Mon corps savait faire, et ce sans grande souffrance (crevasse, etc.). J'ai par contre frôlé l'engorgement sévère plusieurs fois, à en avoir de la fièvre parfois. A chaque fois que le rythme des tétés était décalé, mon corps s'engorgeait et le trop-plein me rendait malade. Vraiment. 

Je me réveillais la nuit sans que mon bébé ne réclame, et j'étais trempée. Mes vêtements, les draps, tout. 

A côté de ça, mon corps a puisé dans ses réserves pour "assurer" au point de perdre rapidement tous mes kilos de grossesse (elle va pas se plaindre non plus la dame hein) et même plus. Je me suis littéralement épuisée. J'étais affamée à longueur de journée, je faisais des crises d'hypoglycémie à répétition. 

La PMI m'avait suggéré de tirer mon lait pour ne pas -trop- déborder. Ce que j'ai fait. Et si je me souviens bien, c'est ma belle-soeur qui m'a glissé "tu aurais limite pu donner ton lait". Ah. Donner son lait ? Pourquoi je n'en avais jamais entendu parler ? A qui ? Pourquoi ? Mais oui. Evidemment. Idée. Chemin. Banco.

J'ai contacté le Lactarium de Paris (j'y habitais) qui m'a expliquée la procédure. 

Le don de lait : késako ?

Le don de lait maternel sert aux Grands Prématurés en priorité (moins de 1,5 kg ou < 32 semaines).

Il est précieux-issime, car ultra riche et bien meilleur que n'importe quel lait artificiel. Je ne vais pas refaire la liste des avantages du lait maternel sur le lait artificiel ici. Je me contenterai de dire que nous sommes des mammifères et que les mamans fabriquent ce qu'il faut pour la croissance de leur progéniture, c'est animal. Point. Ensuite, chacun fait ce qu'il veut - et peut - no judgement. 

Dégoulinante de lait à longueur de journée, l'idée me parlait, et j'ai donné mon lait pendant quelques semaines (courtes puisque j'ai arrêté d'allaiter à 2 doigts de l'épuisement) au Lactarium de Paris qui venait régulièrement chercher les biberons pleins à mon domicile. Simple, efficace, génial. 

 

Je me voyais bien renouveler l'expérience pour mon second bébé. J'ai été contactée spontanément et visitée dans ma chambre par le Lactarium du Rhône à plusieurs reprises pendant l'hospitalisation de mon bébé. Ils m'ont accompagnée dans le lancement de mon allaitement pour veiller à bien réussir à tirer mon lait en l'absence de mon bébé auprès de moi. Et même scénario : montée de lait impressionnante, avec débordements et malaises d'hypoglycémie à la clé. Cela fonctionnait à nouveau. Presque trop. 

J'ai stocké du lait au Lactarium pendant cette période pour palier à une éventuelle panne pendant l'hospitalisation de mon bébé. Puis j'ai fait de même chez moi : quelques bouteilles, quelques litres. Je tirais à gogo. Chez moi. A l'hôpital. En arrivant, en partant. Je flippais de ne pas donner assez pour mon bébé. 

Il faut savoir que tirer son lait en néonat consiste à s'enfermer dans une pièce de 4 m2, assise dans un fauteuil à côté d'une autre dame. Et nos silences sont rythmés par le bruit des tires-lait. Et je les voyais ces mamans, toujours les mêmes, qui passaient des demies-heures entières pour à peine tapisser un fond de biberon pour leur petit bébé. Je mettais quelques minutes pour remplir 2 biberons. Je tirais 1,5 litres par jour alors que mon bébé avait besoin de 500 ml. 

Je ne raconte pas cela pour frimer mais pour bien préparer la suite de mon propos.

J'ai rencontré une consultante en lactation en néonat, ainsi que le médecin référent du Lactarium du Rhône. Tout cela pour conclure à une "hyper-lactation"- hyper rare. Sans surprise. Il fallait que je "gère" ma lactation ainsi que mon alimentation pour ne pas souffrir pendant mon allaitement. 

Mon bébé est ensuite sorti de l'hôpital. J'avais expliqué plusieurs fois à mes interlocuteurs du Lactarium qu'au terme de l'hospitalisation, je ne récupèrerais pas le lait confié chez eux, j'en ferais don. Et je souhaitais continuer à donner mon lait depuis mon domicile, comme à Paris. 

Les conditions pour donner son lait sont contraignantes. Et c'est bien là l'objet de mon coup de gueule du jour, on y arrive. 

Pour stocker le lait dans des conditions d'hygiène exigées, le lactarium du Rhône impose de stériliser notre matériel à l'eau bouillante, avant chaque tirage (et pas à l'avance, non non). Comme des oeufs durs, 10 minutes. Je tire la nuit la plupart du temps. Je vous laisse imaginer ma tête devant la casserole d'eau bouillante à 3h du matin. Cela m'embête d'autant plus qu'à Paris, seule une stérilisation à froid (par un cachet effervescent à mettre dans de l'eau) suffit. Les boules. Mais bon, admettons : les protocoles sont différents. Hum.

Mon congélateur est petit : 2 étagères, dont une presque entièrement remplie des biberons que je conserve pour mon bébé. Le reste étant occupé par... les besoins de la vie courante ! Je n'ai donc pas la possibilité de conserver des biberons de lait très longtemps. Je l'avais précisé au Lactarium, qu'il faudrait passer récupérer les biberons congelés régulièrement, cela ne posait pas de problème puisque j'habite à 5 minutes de l'hôpital. Super. 

Le jour où j'ai voulu que l'on récupère mes biberons par un collecteur (qui passe au domicile des donneuses), on m'a expliqué que la personne n'était pas disponible. Je peux passer vous les apporter ? Bien sûr. Super.

J'envoie mon Chéri avec 2 consignes : donner les bibs et en récupérer des vides, je n'en ai plus aucun. Et il revient... énervé et sans biberon. 

En fait le protocole interdit que nous apportions nous-mêmes le lait (question de chaîne du froid) ce que je peux comprendre mais dans ce cas il ne faut pas m'indiquer le contraire. Et la personne qui reçoit mon mari lui a dit que les biberons étaient mal étiquetés (?) et a refusé de lui donner des biberons vides. Ils nous les enverront par courrier. Hum. 

Au téléphone, la "cadre" me conseillera de stocker mon lait dans une bouteille d'eau en plastique neuve, vidée, ou un bocal stérilisée (?). Je comprends que le collecteur est en arrêt de travail et que personne ne peut se rendre chez moi avant 1 mois. Elle m'explique que les collecteurs vont jusqu'à la frontière suisse pour récuperer des bouteilles (mais pas à 5 minutes du Lactarium). C'est les vacances, c'est compliqué, peu de personnel blabla.

Je ne peux pas stocker ce lait, même si je me suis demandée si j'allais pas acheter un autre congélateur tellement cela m'enrageait.

Je jette mon lait depuis puisque je dois continuer à tirer. Des biberons entiers. Dans mon évier. Au lieu de le donner à ces petits bébés prématurés.  Ils sont en manque de lait qu'ils me disaient...

Lorsque j'étais en néonat (enfin, mon fils), l'idée même de jeter une seule goutte de lait faisait sursauter tout le monde. Chaque millilitre valait de l'or. 

Et personne ne me trouve de solution. Alors voilà, j'enrage. Je me demande si je ne vais pas envoyer ce billet à l'ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé) qui régit les lactariums. Pour qu'ils sachent. Qu'ils envoient des moyens. Pour que cela fonctionne car c'est un problème de santé publique. On peut pas déconner avec les prématurés. 

J'arrête là l'histoire... il fallait que ça sorte.

des B.